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  • Au delà de l’obligation réglementaire, ai-je intérêt à vacciner les animaux de mon cheptel contre la fièvre catarrhale ovine ? Quels en sont les avantages et les risques éventuels ?

    Oui. Tous les éleveurs ovins ont intérêt à protéger leurs animaux contre la F.C.O. car les conséquences économiques de la fièvre catarrhale ovine sont particulièrement lourdes chez les ovins, les vaccins sont efficaces et présentent un risque très faible d’effets néfastes. Les observations de terrain ont en effet montré que les deux sérotypes de virus qui sont présents en France continentale (BTV8 et BTV1) sont tous les deux très pathogènes chez les ovins entraînant ainsi des pertes en moyenne très importantes. Ces pertes sont liées principalement à de la mortalité (en moyenne de l’ordre de 5%), à un taux d’animaux malades souvent élevé (en moyenne de l’ordre de 20%). Ceci occasionne des frais supplémentaires qui peuvent s’avérer lourds, et entraîne des baisses de production ou un allongement de la durée d’engraissement. De plus, l’infection virale a des conséquences sur la reproduction, notamment stérilité, le plus souvent temporaire, chez les béliers (généralement de l’ordre de 2 mois et jusqu’à 6 mois). Une étude nationale menée par l’Institut de l’Elevage a montré que les conséquences économiques sont particulièrement lourdes dans les élevages ovins. Ainsi, quel que soit le niveau d’impact, la baisse de marge brute est forte (dans les élevages moyennement impactés en moyenne de l’ordre de 50%), et aboutit même à des marges négatives (-110 % à – 143%). Or, le moyen de loin le plus efficace en termes de prévention est la vaccination. A titre de comparaison, à mi-août 2009, 53 foyers de F.C.O. seulement ont été identifié en France contre plus de 4500 à la même époque l’an dernier. La dernière campagne de vaccination obligatoire a généré l’emploi de plusieurs dizaines de millions de doses de vaccin. Cette utilisation massive a permis de confirmer sur le terrain l’efficacité des vaccins en termes de protection clinique. Par ailleurs, comme pour tous les médicaments, l’utilisation des vaccins F.C.O. a fait l’objet d’une surveillance des éventuels effets indésirables par l’Agence Nationale du Médicament Vétérinaire. L’A.N.M.V. a ainsi montré qu’en moyenne un animal sur 10 000 est susceptible de réagir à l’administration d’un vaccin contre la F.C.O. en présentant notamment de l’abattement, un avortement et/ou de la température. Ce taux d’effets néfastes est un taux très faible comparé aux conséquences particulièrement lourdes de la F.C.O. chez les ovins.
  • Comment peut-on concrètement prévenir l’apparition de la tremblante dans un troupeau ?

    Le seul moyen de prévention capable de limiter et, à terme, de prévenir l’apparition de la tremblante dans un troupeau est basé sur la sélection génétique d’animaux résistants. La résistance ou au contraire la susceptibilité des ovins par rapport au prion de la tremblante dépend d’un gène qui fabrique une protéine appelée la PrP. En fonction de la structure de leur PrP, on s’est aperçu que les moutons ne développaient pas de la même manière la maladie. Ce qui distingue ces différentes formes de PrP entre elles, c’est principalement la nature des acides aminés que l’on trouve aux positions 136, 145 et 171 et que l’on désigne sous leurs initiales (alanine (A), arginine (R), glutamine (Q), valine (V)). L’allèle de résistance à la tremblante est l’allèle ARR. Les animaux homozygotes ARR/ARR sont protégés de façon quasi absolue contre la tremblante. De plus, les animaux porteurs d’au moins un allèle ARR sont semi-résistants à la maladie. Dans ce cas, la multiplication du prion est très lente, elle se limite au système nerveux, et le prion n’est pas détectable avant l’apparition de signes cliniques.

    Au contraire l’allèle VRQ correspond à une hyper-sensibilité à la tremblante. Lorsqu’ils sont contaminés par le prion, les moutons qui sont homozygotes VRQ/VRQ développent rapidement la maladie et on retrouve des traces détectables de prion dans de nombreux organes de l’animal tout au long de l’incubation de la maladie. Les animaux homozygotes ARQ/ARQ sont relativement sensibles à la maladie. L’emploi de béliers ARR/ARR constitue donc une mesure fondamentale de maîtrise de la tremblante qui permet de réduire et, en fonction du renouvellement des brebis, de prévenir à terme l’apparition de la tremblante dans un troupeau. Cette apparition entraîne des conséquences réglementaires très lourdes, notamment abattage et destruction des animaux sensibles, destruction du lait en élevage laitier et restrictions de circulation. De plus, l’emploi de béliers ARR/ARR permet de garantir la sécurité du consommateur en termes de risque potentiel du prion. C’est pourquoi il est important de connaître le génotype des béliers de l’élevage et de pouvoir le cas échéant se procurer des béliers résistants. Les éleveurs sélectionneurs des différentes races ont sélectionné des béliers résistants dans le cadre du Programme National d’Amélioration de la Résistance à la Tremblante.

  • Que valent les colostrums de synthèse achetés dans le commerce ?

    De nouvelles études mettent clairement en évidence le rôle très limité des substituts de colostrum achetés dans le commerce (hors prescription vétérinaire). Et pourtant, la qualité de ce lait très particulier est primordial puisque le jeune ruminant naît sans anticorps. C’est le colostrum maternel qui transmet les défenses immunitaires aux agneaux car ces dernières ne passent pas le placenta. Que faire lorsque la mère n’a pas du tout ou pas assez de lait dans les premières heures qui suivent la mise bas ? « Pour être efficace, le colostrum doit contenir assez d’anticorps pour que le sang de l’agneau contienne 10g d’IgG (immoglobulines) par litre. Compte tenu de la concentration des colosuppléments actuellement commercialisés, cela ne peut s’obtenir qu’avec un minimum de 3 sachets par agneau. En plus des qualités immunitaires, le colostrum des mères contient des qualités alimentaires indispensables à la survie de l’agneau, en particulier des protéines et matières grasses très spécifiques. Et ça, aucun colostrum de synthèse ne peut les imiter ! » explique Delphine DANIEL, vétérinaire à Limovin (87). Mieux vaut alors se consacrer à la constitution d’un stock de colostrum congelé (de brebis ou à défaut de vache) et l’utiliser lorsqu’il n’y a pas de brebis fraichement agnelée à traire.
  • Quelles sont les caractéristiques de la paratuberculose ovine et de quels moyens de lutte dispose-t-on à l’heure actuelle ?

    La paratuberculose est une maladie due à une bactérie très résistante dans le milieu extérieur, Mycobacterium avium subsp. paratuberculosis (appelée MAP). Elle est connue dans les trois espèces de ruminants domestiques. Elle se caractérise par une altération de l’état général des animaux avec un amaigrissement progressif et une chute de production lactée dans les races laitières. Contrairement aux bovins où une diarrhée chronique de plus en plus marquée constitue un des éléments clés de suspicion clinique, chez les ovins un ramollissement des fèces n’est observé que dans 20 à 60% des cas. Le diagnostic ne peut être fait qu’après réalisation d’analyses au laboratoire. La contamination par MAP a lieu dans le plus jeune âge. Plus un animal vieillit, moins il est sensible à la bactérie. Les animaux se contaminent majoritairement par voie orale, la bactérie étant excrétée dans les fèces des animaux cliniquement malades, mais aussi porteurs asymptomatiques (de façon irrégulière). Les agneaux issus de mères infectées peuvent également, selon le stade de la maladie chez la brebis, être contaminés par l’ingestion de colostrum ou de lait contaminé, ou pendant la gestation. Des cas de contamination inter espèces entre les bovins et les petits ruminants ont également été décrits. La lutte contre la paratuberculose est difficile, du fait de la résistance de la bactérie responsable, de la durée d’incubation de la maladie et de la possibilité d’excrétion de la bactérie dans l’environnement par des animaux apparemment cliniquement sains. De plus, les tests de dépistage existant (sérologie ELISA, PCR entre autres) présentent des limites. Les mesures sanitaires, applicables en élevage bovin (dépistage et élimination des animaux infectés, alimentation des nouveau-nés avec de la poudre de lait, séparation des jeunes de leur mère le plus rapidement possible en élevage laitier, séparation des couples mère/veaux positifs des autres animaux et mise à l’écart de la reproduction des femelles issues de positives en élevage allaitant) sont difficilement transposables à l’élevage ovin. C’est pourquoi les acteurs sanitaires professionnels se sont mobilisés pour soutenir la mise à disposition de vaccins. Depuis le printemps 2009, l’Agence Nationale du Médicament Vétérinaire (ANMV) autorise l’importation d’un vaccin anti-paratuberculose, le GUDAIR®, fabriqué par un laboratoire espagnol. C’est le vétérinaire sanitaire de l’exploitation qui doit remplir une demande d’importation et la transmettre à l’ANMV, qui accorde l’autorisation d’importation. La vaccination est un outil précieux car elle permet de diminuer les conséquences économiques de la maladie en limitant l’expression clinique et donc la perte d’animaux. Mais elle ne peut pas à elle seule permettre l’éradication de la maladie.
  • Quels sont les origines possibles des pétéchies sur les carcasses d’agneaux ?

    Plusieurs hypothèses sont envisageables. Il conviendrait de regarder si les agneaux touchés correspondent plutôt à des lots d’élevage ou à des lots d’abattage, pour cerner l’origine la plus probable.

    - Il peut s’agir d’ecchymoses, suite à des problèmes rencontrés lors de la période de pré-abattage : contusions liées au piétinement des animaux entre eux dans le camion, chocs, manipulations brutales lors du chargement ou du déchargement du camion, voire en bergerie d’abattage, mauvaise prise des animaux, empoignade par la laine par exemple.... Une prise de pH musculaire 24 heures post-mortem aurait peut-être permis de savoir si les agneaux ont été abattus en état de stress ou non.

    - Il peut aussi s’agir d’un problème d’électronarcose, si les défauts sont toujours disposés de manière symétrique de part et d’autre de la colonne vertébrale. Des problèmes de ce type ont été rencontrés dans certaines entreprises, sur des agneaux prédisposés et/ou avec un mauvais réglage de la pince et/ou une utilisation sur le dos au lieu de la tête : des rougeurs apparaissent et suivent la colonne vertébrale et les côtes, parfois jusqu’aux gigots. Il pourrait s’agir d’une trop grande intensité avec un dérèglement de la puissance de l’appareil, surtout si plusieurs animaux qui se suivent sur la chaîne d’abattage sont touchés. Mais, des pétéchies en grand nombre peuvent aussi se rencontrer avec une faible intensité.

    - Un éventuel problème de dépouille pourrait également être en cause, mais les avis sont plus partagés sur le sujet (il n’y a plus de circulation sanguine, donc plus de pression sanguine trop importante...). Il conviendrait de vérifier le réglage de la machine à dépouiller, de regarder s’il s’agit d’un modèle Dijon et de s’intéresser aux rouleaux latéraux. Si cette hypothèse est la bonne, le problème devrait être très répétitif dans l’abattoir.
    - Un problème en élevage n’est pas non plus à exclure : maladie de peau, type gale, prurit permanent... où l’animal se frotte en permanence à cause des démangeaisons ; appareil mal réglé (par exemple des rouleaux très serrés pour séparer les agneaux des brebis lors de la distribution du concentré en libre service) ; réaction de peau à un traitement médicamenteux ; éventuelle réaction alimentaire de type intoxication ? Dans tous les cas, il serait utile de faire un tour en élevage : l’éleveur ou les éleveurs peuvent avoir remarqué quelque chose, ou au contraire ne pas être au courant des problèmes, d’où l’intérêt d’attirer leur attention sur le sujet.

    Pour finir, nous profitons de l’occasion pour souligner l’intérêt que nous voyons à accompagner les demandes d’expertise d’une photographie : il est toujours plus facile de tenter un diagnostic après avoir constaté de visu le défaut touchant la carcasse ou la viande, que sur la seule base de descriptions écrites ou orales par des tiers...